Économie : le protectionnisme, quelles conséquences ?

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Sur le plateau du 20 Heures de France 2, le journaliste François Lenglet nous explique les conséquences du protectionnisme et du libre-échange sur l’économie.

Journal de France 2 du 26 juin 2018

Le protectionnisme est-il bon au mauvais pour l’économie ? « Des pays se sont très bien développés avec le protectionnisme : la Chine, l’Inde, le Japon, même la France, le Royaume-Uni, les États-Unis pendant les Trente-Glorieuses. Comme bien souvent en économie, il n’y a pas de solution universelle. Avec le protectionnisme, on va plutôt favoriser les producteurs, c’est-à-dire les entreprises locales. Le risque est évidemment de trop les protéger, qu’elles s’endorment et qu’elles vendent trop cher aux consommateurs », explique le journaliste François Lenglet.

En économie, il n’y a pas de solution universelle »

Avec le libre-échange, le consommateur va être avantagé grâce aux prix bas. « C’est un système qui va renforcer les entreprises déjà performantes et affaiblir toutes les autres. De la même façon, il va favoriser les travailleurs très qualifiés qui vont profiter de la mondialisation, mais exposer à la concurrence internationale les autres, les moins qualifiés. Le libre-échange a aussi ses inconvénients », précise le journaliste.

Guerre commerciale : Harley-Davidson délocalise

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Journal de France 2 du 26 juin 2018

La compagnie Harley-Davidson a décidé de quitter les États-Unis suite aux taxes imposées par l’UE, conséquences de la guerre commerciale initiée par Donald Trump.

Harley-Davidson, symbole de l’Amérique ? Au début du mandat de Donald Trump, la marque s’affichait fièrement à la Maison-Blanche. Mais aujourd’hui est peut-être venu le temps du divorce. La marque délocalise, les taxes douanières européennes passent de 6 à 31%, un surcoût de 1884 € sur chaque moto, réaction aux sanctions économiques américaines sur l’UE. Inacceptable pour le constructeur qui décide de quitter le pays. La décision de Harley-Davidson déclenche la colère de Donald Trump qui menace et promet des représailles.

Conséquence malheureuse de la politique de Trump

Pour l’Europe, il ne s’agit pas d’une punition, mais d’une conséquence malheureuse des décisions du président américain. Harley-Davidson n’est pas une cible prise au hasard : son siège se situe dans le Wisconsin, qui a voté Donald Trump en 2016. Paul Ryan, élu local, a violemment critiqué son président. Donald Trump ne cède rien et accuse Harley-Davidson de capituler. Restent les marques des autres produits surtaxés par l’Europe dont la réaction est très attendue.

 

 

Éthiopie : la nouvelle usine de la Chine

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Extrait du journal de 20h de France 2 du mardi 22 mai 2018.

Depuis quelques années, la Chine a jeté son dévolu sur l’Éthiopie et fait construire de nombreux sites de production ultra modernes.

On pourrait se croire sur une autoroute à peine sortie de terre. Nous sommes en réalité sur le parc industriel d’Hawassa, en Éthiopie, mis en service il y a un an à peine. Il y a 300 hectares d’usines et au-dessus de la plus grande d’entre elles flottent les drapeaux chinois et éthiopien. L’un des géants chinois du textile a décidé d’installer ici une usine flambant neuve. Toutes les machines sont importées de Chine, plus de 500 employés sont Éthiopiens et quelques dizaines d’expatriés sont Chinois.

Salaire : 30 euros par mois

L’entreprise chinoise est venue chercher une main-d’oeuvre abondante et surtout bon marché. Dans ces usines, le salaire est souvent inférieur à 30 euros par mois, vingt fois moins qu’en Chine. Les entreprises chinoises investissent donc massivement, y compris pour former le personnel. Si l’industrie ne représente encore que 5 % de l’économie éthiopienne, le pays entend créer deux millions d’emplois dans ce secteur d’ici 2025.

Le JT

Le pick-up, histoire d’une réussite protectionniste

Grâce à des droits de douane protecteurs, les constructeurs américains dominent le secteur. Craignant une sortie de l’Alena, l’accord de libre-échange nord-américain, ils relocalisent leur production.

LE MONDE ECONOMIE |  • Mis à jour le  | Par Arnaud Leparmentier (Hastings (Nebraska), envoyé spécial)

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Série « L’Amérique citadelle » (3/5). Pour aller à la rencontre des fermiers du Nebraska – républicains mais opposés au passage de l’oléoduc Keystone XL sur leurs terres –, nous avons opté pour un énorme pick-up noir, un Ram Rebel du groupe Fiat Chrysler. Pas un véhicule pour bobos new-yorkais, mais un vrai 4 × 4 capable de rouler dans les champs de maïs et de braver les intempéries des plaines désolées du Midwest. Le fait d’arriver à bord d’un tel engin, qui consomme seize litres aux cent kilomètres, nous a valu d’être adopté immédiatement par les fermiers.

Début janvier, Fiat Chrysler a annoncé qu’il allait rapatrier l’ensemble de sa production mexicaine de pick-up d’ici à 2020

Dans cette région aux routes défoncées, chacun ou presque possède un pick-up. Une vraie aventure américaine. Le pick-up Ram est fièrement assemblé dans l’usine de Warren (Michigan), 1 500 kilomètres à l’est du Nebraska. Si les Américains ne sont pas les meilleurs dans ce domaine, ils le sont devenus grâce aux droits de douane qui protègent le secteur. Et cela va se poursuivre, car Donald Trump est en train de réarmer la forteresse américaine.

Lire aussi :   Donald Trump ou la tentation du protectionnisme

Début janvier, Fiat Chrysler a annoncé qu’il allait rapatrier l’ensemble de sa production mexicaine de pick-up d’ici à 2020. Le président a adopté un ton triomphant, attribuant ce mouvement à sa réforme fiscale et aux baisses d’impôts. « Chrysler déplace une énorme usine du Mexique vers le Michigan, inversant une tendance qui prévaut depuis plusieurs années. Merci Chrysler ! C’est une décision très sage. Les électeurs du Michigan sont très heureux d’avoir voté Trump/Pence »,a-t-il écrit sur le réseau social Twitter.

La suite viendra sans doute de General Motors (GM), qui louvoie à propos de son usine mexicaine, tandis que Ford peut se targuer d’être un élève modèle, ne produisant ce type de véhicule que sur le sol américain. Si les constructeurs font bouger les lignes, ce n’est pas tant parce qu’ils sont patriotes que parce qu’ils craignent la sortie unilatérale de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena), qui permet aux véhicules d’être vendus hors droits de douane à condition d’intégrer 62,5 % de composants nord-américains.

Incongruité douanière

Si l’Alena disparaissait, c’est le droit commun de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s’appliquerait : un droit de 25 % sur les pick-up contre 2,5 % pour les automobiles. C’est cette incongruité douanière qui a fait le succès du pick-up made in America. Elle est liée à une vieille querelle agricole avec les Européens.

Au début des années 1960, les poulets américains envahissent les étals allemands, occupant le quart du marché. L’Europe, qui lance son union douanière et la Politique agricole commune, triple les droits de douane allemands. Furieux, le président Lyndon Johnson riposte, fin 1963, et impose une barrière douanière de 25 % sur les pick-up. Conséquence : les Américains perdent le marché du poulet européen, tandis que Volk­­swagen, principal constructeur visé, voit ses ventes américaines de pick-up s’effondrer.

En dépit des multiples négociations internationales visant à abolir les barrières commerciales, ce droit de douane prohibitif a perduré. Dans les années 1970, comme l’écrit Dan Ikenson, du Centre d’études sur les politiques commerciales, les Japonais jouent au chat et à la souris avec les autorités américaines. Ils exportent le châssis aux Etats-Unis (soumis à un droit de douane réduit de 4 %) et y ajoutent le coffre ou la benne.

En 1980, les douanes américaines mettent fin à ce petit jeu et remontent ce droit à 25 %. Plus tard, c’est Chevrolet qui assemble des pièces détachées toutes importées du Japon. Certains constructeurs mettent quatre portes au véhicule ou des sièges arrière pour échapper à la dénomination pick-up et retomber dans la classification transport de personnes. Ford s’est même essayé à exporter de Turquie des véhicules avant de les reconvertir en pick-up sur le sol américain, ce qui coûtait quelques centaines de dollars, mais en faisait économiser des milliers en droits de douane, rappelle la Fondation pour l’éducation économique.

Lire aussi :   Ford veut s’émanciper de sa dépendance aux pick-up

A partir des années 1980, Nissan, Toyota, Mazda puis BMW et Daimler-Benz décident d’implanter des usines aux Etats-Unis, pour avoir accès au marché et échapper aux tentations protectionnistes de Washington. Mais ils n’ont jamais vraiment remporté la bataille. En 2017, les Américains ont acheté 2,8 millions de pick-up (16,4 % des ventes automobiles américaines) et ceux-ci sont américains à plus de 84 % (950 000 pour GM, près de 900 000 pour Ford et 515 000 pour Chrysler). Une performance, alors que les trois constructeurs ne détiennent que 44 % du marché national.

« Nous nous ajusterons très vite »

L’entrée en vigueur de l’Alena a fait tomber la barrière de 25 %. Corollaire : General Motors et Chrysler ont installé deux usines d’assemblage de pick-up au sud du Rio Grande. Néanmoins, face aux menaces de sortie de l’accord, les constructeurs assurent leurs arrières et cèdent de facto aux objurgations de Donald Trump. D’où la décision de Fiat Chrysler de rapatrier du Mexique la production de ses pick-up dans ses deux usines de l’Illinois, avec un milliard de dollars d’investissement et 2 500 emplois à la clé.

Quant à son usine mexicaine de Saltillo, à 300 kilomètres de la frontière avec le Texas, qui exportait 280 000 pick-up, dont 90 % à destination des Etats-Unis, elle va se reconvertir dans la production d’automobiles classiques. Sujettes à un droit de douane maximal de 2,5 %, elles seront exportables dans le monde entier, grâce aux accords de libre-échange signés par le Mexique.

Six cents kilomètres plus au sud, l’inquiétude est palpable dans l’usine GM de Silao, qui a assemblé près de 400 000 pick-up en 2017. Les moteurs sont importés des usines américaines de GM – ce qui lui fait dire que 5 000 travailleurs aux Etats-Unis ont leur emploi lié à cette usine. L’Alena a transformé cette région en pôle automobile, avec 200 000 emplois directs et indirects, et environ 18 milliards de dollars d’investissements cumulés depuis 1994.

Mais la firme se prépare, elle aussi. Selon l’agence Reuters, elle va relocaliser une partie de sa production de gros pick-up de future génération à Flint (Michigan). La directrice générale du groupe, Mary Barra, a refusé de confirmer l’information. « Nous allons continuer de travailler de manière constructive en faveur d’une modernisation de l’Alena », s’est-elle bornée à déclarer. Jose Munoz, le patron de Nissan en Amérique du Nord, a résumé la stratégie de chacun : « Peu importe les nouvelles règles de l’Alena, nous nous ajusterons très vite pour maximiser notre business. » Cette « success story » protectionniste a un coût : le prix catalogue du pick-up Ram Rebel dépasse les 45 000 dollars.
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Protectionnisme : « Trump donne les clés du monde à la Chine »

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Dans un tchat, Arnaud Leparmentier, correspondant du « Monde » à New York, a répondu, jeudi, à des questions d’internautes sur le protectionnisme pratiqué par l’Amérique de Donald Trump.

LE MONDE |  • Mis à jour le 

 

Hillary : Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de mesures protectionnistes prises par Trump ?

Arnaud Leparmentier : Pour répondre à votre question, en voici quelques-unes, pêle-mêle : les droits antidumping sur des avions Bombardier de 300 % (annulés depuis par un panel indépendant) ; les droits sur les panneaux solaires et les lave-linge ; les droits sur le bois et le papier canadiens ; l’interdiction d’acquisitions chinoises dans les semiconducteurs ; ou encore le refus de nommer des juges à l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce (ce qui la bloque).

Xavier : Existait-il des mesures protectionnistes aux Etats-Unis avant Trump ?

Oui, il en existait beaucoup. Il n’y a pas de rupture complète. La guerre du bois avec le Canada dure depuis une éternité, celle de l’acier aussi, tout comme les querelles automobiles. Obama a interdit le rachat d’entreprises de semiconducteurs par des Chinois, Trump aussi ; Airbus a fini par perdre le contrat des avions ravitailleurs.

Le marché américain est particulièrement difficile à pénétrer. Le représentant au commerce, Robert Lighthizer, adepte du protectionnisme, a été confirmé par 82 sénateurs sur 100. Cette tentation du repli n’est donc pas une lubie de Trump, elle est beaucoup plus consensuelle qu’on ne le croit en Europe.

Aboy : Est-ce que Trump s’inspire d’un ou de plusieurs de ses prédécesseurs à la Maison Blanche pour sa politique économique ? Reagan peut-être ?

Il se revendique de Ronald Reagan dans ses slogans : « America is back » (« l’Amérique est de retour « ) pour Reagan ; « America first » (« l’Amérique d’abord ») pour Trump. Et surtout, il s’en inspire pour sa réforme fiscale : baisse des impôts et des déficits, simplification et dérégulation. Attention cependant de ne pas faire l’erreur qui a été commise à l’égard de Reagan, qui a sorti les Etats-Unis de la récession et de l’inflation. Tout n’est pas mauvais chez Trump, sous prétexte que c’est Trump. La réforme fiscale est une réforme traditionnelle de droite, avec une baisse des impôts et des déficits. De plus, Reagan était confronté au même défi que Trump avec la Chine, mais c’était avec le Japon.

Shaq : Les mesures protectionnistes de l’administration Trump ont-elles eu des effets sur le pouvoir d’achat de la classe moyenne américaine ?

Marcel : Les Américains ont-ils senti le moindre changement positif dans leur vie quotidienne, lié à la politique protectionniste de Trump ?

Non, c’est trop tôt et trop ciblé. C’est même le contraire : il y a eu des importations massives de lave-linge en décembre, pour éviter les droits de douane prévisibles imposés en janvier.

Les entreprises high-tech ont du mal à obtenir des visas ; les agriculteurs sont inquiets pour leurs exportations et quelques entreprises qui ont obtenu gain de cause (Whirlpool sur les lave-linge) sont satisfaites. Mais le déficit commercial bat des records, en dépit du dollar faible, ce qui prouve que ce sujet est mal abordé par Donald Trump.

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Lisandru : Au vu des annonces et investissements notamment du secteur automobile américain, Trump est-il en train de réussir son pari de rapatrier nombre d’emplois aux Etats-Unis ?

Partiellement, en tous cas. L’explication est simple : le marché est énorme, les entreprises automobiles veulent avoir accès à ce marché et se disent que l’Alena n’est peut-être pas pérenne. Dans le doute, elles préfèrent réinvestir aux Etats-Unis. C’est le cas des pick-up, qui seraient taxés à 25 % si l’on en revenait au régime normal de l’Organisation mondiale du commerce. Fiat Chrysler va rapatrier sa production de pick-up du Mexique dans le Michigan ; General Motors, de son côté, réduit la voilure. Pour l’automobile classique, c’est moins évident : le taux OMC est de 2,5 %, ce n’est pas une barrière insurmontable. Il n’empêche : les constructeurs Toyota et Mazda ont annoncé des investissements dans l’Alabama, où les salaires sont faibles.

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Unknown : La politique économique de Trump est-elle soutenue par les Américains ? Que disent les sondages à ce sujet ?

Même s’il reste très impopulaire (plus de 53 % de rejet), Trump remonte sensiblement dans les sondages depuis quelques semaines (il était en dessous de 37 % à l’été 2017, il s’approche de 41 %, selon le site FiveThirtyEight, spécialisé dans le datajournalisme). C’est visiblement la réforme fiscale qui se fait sentir immédiatement, en raison du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, et parce qu’il montre qu’il peut agir. A l’été 2017, personne ne croyait une seconde qu’il réussirait à faire adopter cette réforme.

Jeune inculte : Est-ce que la politique protectionniste de Trump est le signe du déclin des Etats-unis ?

Non, les Américains possèdent un savoir-faire technologique et numérique considérable. Ils prennent seulement conscience que la mondialisation conduit à une égalisation relative des conditions par classe sociale : si vous êtes ouvrier aux Etats-Unis, il n’y a pas de raison que vous gagniez plus que l’ouvrier chinois, expliquait récemment un économiste. C’est ce choc, que j’exagère un peu, qui a conduit à la révolte des Blancs déclassés de la mondialisation et au vote en faveur de Trump, mais aussi de Bernie Sanders, à la gauche du Parti démocrate.

MG : Est-ce que la politique protectionniste de Trump est synonyme d’un certain retour de l’isolationnisme américain ?

Oui, mais cet isolationnisme a commencé, dans d’autres domaines, sous Obama. Par un repli militaire. Commercialement, le traité transpacifique signé par Obama n’était pas soutenu par la candidate Hillary Clinton. Trump, à mon sens, commet une erreur, car les autres s’organisent sans lui. On le voit avec tous les pays qui signent entre eux des accords de libre-échange.

Il donne les clés du monde à la Chine. D’ailleurs, c’est pour cela qu’ils n’ont pas claqué la porte des négociations de l’Alena (l’Accord de libre-échange nord-américain), en découvrant que les Canadiens cherchaient d’autres voies. De même, avec la Chine, on attend le rapport sur le transfert de technologies forcé. Mais je parie davantage sur des conflits rugueux que sur une guerre commerciale destructrice.

Fitz : Qui a le plus à perdre d’un repli américain ? Les pays asiatiques ? Ne croyez-vous pas que le marché européen est suffisamment grand et diversifié entre l’Est et l’Ouest, pour pouvoir s’accommoder d’une guerre commerciale ?

Ceux qui ont le plus à perdre sont les petits pays très ouverts et très mondialisés ou ceux qui sont dépendants des Etats-Unis. Les Etats-Unis ont beaucoup à perdre, par exemple avec la Chine, tant leurs économies sont imbriquées. C’est, pour l’instant, beaucoup de bruit pour rien. Il n’y a pas de guerre avec la Chine ; les négociations sur l’Alena n’ont pas été rompues.
Le marché européen dépend énormément des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et du savoir-faire technologique américain. Enfin, ce sont surtout les entreprises qui seront très pénalisées, elles qui ont disséminé leur production à travers la planète.

Je précise qu’en aparté, les responsables européens partagent la vision antichinoise des Américains, même s’ils désapprouvent leur méthode, jugée trop brutale. C’est pour cela que les rapports entre les Etats-Unis et l’Union européenne sont apaisés : ils sont au fond assez d’accord sur le sujet majeur, la Chine.

John : Les pays frontaliers, Canada et Mexique, ont-ils des retombées économiques positives ou négatives de la politique menée par Trump ?

Le Canada essaie de profiter de la peur des investisseurs et des restrictions sur les visas américains pour attirer les talents. Il n’empêche : en cas de sortie de l’Alena, ils seraient perdants, car les Etats-Unis sont de loin leur premier partenaire. Ils s’ouvrent à d’autres pays pour compenser : le traité avec l’Union européenne et le traité transpacifique (TPP), que les Japonais ont fait revivre sans les Américains. Les Mexicains, eux, se trouvent dans une situation encore pire, car ils sont les sous-traitants des Américains. Les industriels, on le voit avec l’automobile, hésitent à investir tant que la donne n’est pas claire sur l’Alena.

ClavierQWERTY : Quel est l’impact du protectionnisme américain sur les relations avec l’Union européenne ?

Pour l’instant, il est faible, puisque Donald Trump s’est concentré sur trois régions : le Canada et le Mexique, avec la renégociation de l’Alena, la zone Pacifique (avec la sortie du partenariat transpacifique, TPP) et la Chine (avec des mesures antidumping, notamment sur le solaire et les lave-linge). Mais il a dit qu’il allait examiner le dossier.

Il ne faut pas oublier qu’il avait accordé sa première interview à la Bild Zeitung, se plaignant qu’il y avait des BMW et des Mercedes dans tout New York, mais pas de Cadillac en Europe. Sur l’Europe, Trump vise surtout l’Allemagne et son excédent commercial considérable.

NYprice : Vous parlez de tentation du repli. Mais est-elle vraiment supérieure à celle de l’Europe ?

Oui, car les Etats-Unis ont une culture d’autosuffisance agricole, énergétique, intellectuelle et économique. Le repli traverse périodiquement l’histoire des Etats-Unis, qui se sont largement repliés sur eux-mêmes dans l’entre-deux-guerres. L’Europe a toujours été plus ouverte. Elle en bénéficie puisqu’elle exporte massivement ses biens à travers la planète grâce à l’industrie allemande. Les Néerlandais et les Britanniques sont très ouverts aussi. Il peut y avoir une proximité plus forte avec la France.

Mag : La politique protectionniste de Trump risque-t-elle d’entraîner une dégradation des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et les pays traditionnellement considérés comme leurs alliés ?

Oui, Trump a réussi à tendre les relations, notamment avec la Corée du Sud, et ce sur fond de tensions avec la Corée du Nord. Les propos qu’il a tenus sur le Mexique et le Canada n’étaient pas raisonnables. Les ravages du « trumpisme » sont surtout liés à sa parole politique.
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Journal Le Monde Novembre 2017 L’industrie française à l’épreuve. Après vingt ans de désindustrialisation, l’horizon s’éclaircit pour les entreprises françaises. Mais l’industrie tricolore peut-elle être sauvée ? « Le Monde » consacre une série en trois volets aux déboires et aux succès du made in France. Premier volet « Made in France » : l’espoir après la débâcle

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Depuis combien d’années n’y avait-il pas eu d’annonce de ce type ? Hermès, le roi du luxe à la française, a officialisé lundi 30 octobre la construction d’ici à 2020 de, non pas une, mais deux manufactures. Deux nouvelles usines d’un coup, des maroquineries, pour muscler ses capacités de production. L’une se situera en Gironde, l’autre en Seine-et-Marne. A la clé, la création de 500 emplois.

Au même moment, la jeune société 1083 se prépare à réveiller l’antique fabrique de chaussures Charles Jourdan de Romans (Isère) pour y produire des jeans, un type d’articles jusqu’à présent importé quasiment à 100 %. Chez les constructeurs automobiles, PSA et Renault, après avoir largement délocalisé leurs productions, viennent d’attribuer à plusieurs sites, dont Sochaux et Mulhouse, des modèles importants qui pourraient assurer leur avenir pour dix ans.

Les signes d’un frémissement

C’est peut-être la fin d’une longue, très longue, débâcle. Après une crise de compétitivité de plus de vingt ans qui a mis l’industrie française en lambeaux, plusieurs signes marquent un frémissement. Un retournement de tendance se profile, assurent les plus optimistes. Depuis le début de 2017, déjà, le nombre d’usines dont l’ouverture est annoncée dépasse légèrement celui des fermetures : 112 créations pour 84 disparitions en dix mois, selon le cabinet Trendeo.

« Au début des années 1980, la France avait déjà connu une forte dégradation de sa compétitivité, et redressé la situation », rappelle l’économiste Denis Ferrand, de Coe-Rexecode, un institut d’analyse proche du patronat. Le tournant de la rigueur avait alors permis de restaurer les profits des entreprises, lesquelles avaient relancé leurs investissements. Cela avait débouché sur une remontée des parts de marché puis un retour à l’équilibre du commerce extérieur.

« Aujourd’hui, on observe les premières étapes d’une séquence similaire », note-t-il. Dans l’industrie, les profits sont repartis, et les investissements aussi. Depuis deux ans, en outre, les coûts salariaux français sont retombés en dessous de ceux de l’Allemagne. Si le schéma se reproduit, l’amélioration de la compétitivité pourrait devenir vraiment tangible en 2018, estime Coe-Rexecode. A moins que les mesures de redressement n’aient été trop tardives, et que l’industrie, trop atrophiée, ne puisse plus être sauvée. « C’est le principal risque », reconnaît M. Ferrand.

Le point noir du commerce extérieur

Pour l’heure, le commerce extérieur ne donne aucun signe d’amélioration. Au cours des neuf premiers mois de l’année, le déficit extérieur a, au contraire, culminé à 48,4 milliards d’euros, selon les statistiques rendues publiques par les douanes mercredi 8 novembre. Il s’agit du déficit le plus massif depuis 2012. Il s’est creusé de 35 % en un an. A ce rythme, la France est partie pour enregistrer un trou d’environ 63 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année, soit une des trois pires performances de son histoire. Et dans son projet de budget, le gouvernement prévoit un nouveau déficit de 63 milliards en 2018… sous réserve que le pétrole ne remonte pas d’ici là.

Satané commerce extérieur. Le point noir de l’économie hexagonale. Tandis que l’Allemagne exporte comme jamais et accumule les excédents, la France accuse, elle, un déficit record, le plus important de la zone euro. Un bon sujet de discussion pour les visiteurs du salon du Made in France, MIF Expo, qui se tient à Paris, du 10 au 12 novembre. Car ce déficit commercial, lié à 80 % à l’industrie manufacturière, signe précisément la déroute du « made in France ». D’année en année, les produits bleu-blanc-rouge se vendent moins bien, tant dans l’Hexagone que hors des frontières. Un double échec.

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Sur le papier, les Français sont pourtant sensibles au sujet. Trois sur quatre se disent même prêts à payer plus cher un article dont ils savent qu’il a été fabriqué dans le pays, selon un sondage effectué en septembre auprès de 981 personnes par l’Ifop pour Pro France, l’association de promotion de la « marque France » montée par le député (LC) Yves Jégo.

Jamais les Français n’ont acheté si peu de produits locaux

« Mais est-ce qu’ils joignent le geste à la parole ? » Fabienne Delahaye, la fondatrice du salon du Made in France, avoue s’interroger. Les chiffres montrent plutôt l’inverse. Au-delà des déclarations, jamais les Français n’ont acheté une si faible proportion de produits locaux.

De l’après-guerre jusqu’en 1970, la part du « made in France » dans la consommation intérieure (hors exportations) est restée stable, à plus de 85 %, selon les données de l’Insee. Elle n’a, ensuite, pratiquement pas cessé de baisser. Elle est tombée sous les 80 % en 1977, puis les 70 % en 2014. L’activisme d’Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif puis de l’économie entre 2012 et 2014, n’y a rien changé. Poursuivant sa descente, le « Fabriqué en France » représente 68 % de la consommation nationale depuis le début de l’année.

Le « Fabriqué en France » représente 68 % de la consommation nationale depuis le début de l’année

La récente reprise économique a accentué le phénomène. « L’appareil productif de la France ne sait pas répondre à la hausse de la demande », souligne l’économiste Patrick Artus (Natixis). Avec l’amélioration de la conjoncture, les Français consomment davantage. Mais ce que les entreprises françaises leur proposent offre souvent un rapport qualité-prix moins attrayant que les produits étrangers. Ils préfèrent donc le micro-ondes chinois à 39,99 euros chez Darty ou la Volkswagen Golf venue de l’autre côté du Rhin. Quant aux entreprises, elles investissent dans une machine-outil allemande ou un logiciel américain. Parfois, il n’existe d’ailleurs pas d’équivalent tricolore. Aucune usine française ne réalise de concurrent de l’iPhone…

Une perte de compétitivité

Problème supplémentaire : s’ils peinent à écouler leurs produits à domicile, les industriels tricolores rencontrent aussi des difficultés à l’étranger. D’année en année, la part de la France dans les exportations de marchandises de la zone euro ne cesse de reculer. De 18 % en 1998, elle est descendue à moins de 12 % aujourd’hui. L’Allemagne, elle, a maintenu sa part de marché. « Depuis vingt ans, la perte de compétitivité de l’industrie française est le phénomène majeur », celui qui explique cette double déroute du « Made in France », résume Denis Ferrand.

 

« Compétitivité » : à Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire), les 235 salariés de Tupperware entendent beaucoup ce mot depuis le 19 octobre. Ce jour-là, la direction du groupe américain a annoncé l’arrêt en février prochain de son unique site français. Un coup de tonnerre. Le personnel pensait que cette usine de boîtes en plastique, ouverte en 1973, était « indéboulonnable ». Mais victime d’une chute de ses ventes, Tupperware a décidé de sacrifier une de ses quatre usines sur le Vieux Continent pour y « rétablir sa compétitivité ». C’est sur la France que le couperet est tombé. « On nous dit qu’on coûte trop cher ! », peste la CGT.

« En dehors de l’aéronautique, du luxe et de la pharmacie, la situation est affreuse », résume M. Artus (Natixis).

En vingt ans, des centaines et des centaines de sites comme Joué-lès-Tours ont fermé, et plus d’un million d’emplois ont disparu. Des industries se sont effilochées. Dans le textile, l’habillement et la chaussure, la production a plongé de 87 % depuis 1997 ! Elle a chuté de 33 % dans la fonderie, de 30 % dans la pâte à papier. Dans le même temps, la France a raté le coche de l’électronique et de l’informatique, des domaines où tout est importé, ou presque. Les succès d’Airbus, de LVMH et Sanofi n’ont pas suffi à compenser ce déclin. « En dehors de l’aéronautique, du luxe et de la pharmacie, la situation est affreuse : énorme déficit extérieur, stagnation des exportations, poids devenu très faible dans l’économie », résume Patrick Artus (Natixis) dans une note du 3 novembre.

 

Le choc de la mondialisation

L’explication ? Après avoir prospéré durant les « trente glorieuses » (1945-1975), en s’appuyant largement sur l’Etat, l’industrie française n’a pas tenu le choc de la mondialisation. Dans un marché soudain ouvert aux quatre vents, elle s’est retrouvée handicapée par des coûts élevés du travail, une lourde fiscalité, un manque de capitaux et des efforts d’innovation limités. Pour s’en sortir, elle devrait vendre ses produits assez cher. Or son image, son niveau de gamme ne peuvent le justifier.

Conséquence : les entreprises industrielles françaises affichent une faible rentabilité. Malgré une remontée en 2016, leur retour sur capitaux engagés avoisine seulement 10 %, un niveau nettement inférieur aux 15 % nécessaires pour tirer son épingle du jeu et aux 30 % dégagés en Allemagne, selon une étude d’Accenture, EY et Roland Berger.

Les industriels tricolores manquent donc de moyens pour investir en recherche, renouveler enfin leurs machines, s’équiper en robots, monter en gamme, etc. Un terrible cercle vicieux. Et la situation risque de s’aggraver avec les énormes investissements à effectuer dans le nucléaire, qui ne peuvent que faire monter les prix de l’électricité, jusque-là un des atouts français.

 

« On peut réindustrialiser notre pays »

Rien n’est perdu, assurent les pouvoirs publics. « Oui, on peut réindustrialiser notre pays », clame Bruno Le Maire, le ministre de l’économie. Sa recette pour sortir le « made in France » de l’ornière tient en deux points. Il veut, d’une part, alléger les charges fiscales et salariales sur les entreprises, afin d’abaisser leurs coûts et d’accentuer l’avantage regagné récemment face à l’Allemagne.

« Les nouvelles technologies de production, l’usine 4.0, nous donnent une chance historique de rebattre les cartes », veut croire l’Alliance Industrie du Futur.

L’Etat pousse, d’autre part, les industriels à investir massivement dans le numérique, pour reprendre l’ascendant. « Les nouvelles technologies de production, l’usine 4.0, nous donnent une chance historique de rebattre les cartes », veulent aussi croire les dirigeants réunis au sein de l’Alliance Industrie du Futur.

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Sans garantie pour autant. A Montpellier, deux jeunes entrepreneurs avaient créé en 2010 un site Internet appelé « 100 % Made in France » pour promouvoir les produits tricolores. Présenté un temps comme une réussite révélatrice du succès croissant du « made in France », le site vient de fermer. Liquidation judiciaire.