Oise : une nouvelle arme contre le chômage dans les quartiers sensibles

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Le dispositif Emplois francs octroie jusqu’à 15 000 € aux entreprises. Lancé début avril dans le département, il a déjà permis trois embauches.

« Je ne peux pas le prouver, mais je suis sûr que l’on m’a déjà refusé un emploi car je viens du Plateau. » Devant l’agence Pôle emploi commune à Creil et Nogent-sur-Oise, ce jeune homme de 23 ans en est persuadé. La discrimination à l’embauche selon la ville ou le quartier d’origine est bien réelle.

C’est contre ce genre de stéréotype qu’entend lutter le dispositif Emplois francs, de Pôle emploi. Applicable dans les Hauts-de-France depuis début avril, il s’agit d’un système de subvention contre l’embauche d’une personne habitant l’un des dix-huit quartiers prioritaires de la Politique de la ville*. Ainsi, si une entreprise recrute par exemple une personne venant du Plateau, à Creil, elle touchera 5 000 € par an, durant trois ans en cas de CDI. Ou 2 500€ par an, durant deux ans, pour un CDD.

10 372 chômeurs concernés

L’enjeu est de taille pour l’Oise. Selon Pôle emploi, 10 372 chômeurs résident en effet dans ces quartiers prioritaires dans le département. Soit 15 % du nombre de demandeurs d’emploi total.

Et déjà, ces Emplois francs ont permis trois embauches dans le département. Après dix ans de galère en intérim, Iléana Appin vient de signer son CDI en tant que gestionnaire de stock. Clef Job, l’entreprise qui l’a recrutée, va se servir des sommes perçues pour lui permettre de gagner en qualifications. « Sinon cela n’aurait aucun sens, martèle Franck Deveughele, président de Clef Job. Cette enveloppe va nous permettre d’investir en étoffant sa formation, ce qui lui permettra de viser plus haut. »

« L’endroit où je vis a forcément été pris en compte »

Iléana Appin possède déjà un bac + 2 dans le domaine de la logistique en 2008. Mais au bout de dix ans, cette habitante du quartier des Coteaux, à Nogent-sur-Oise, n’avait pas trouvé de CDI dans le domaine qui lui correspondait. « J’ai toujours essayé de rentrer en tant que préparatrice de commandes pour ensuite gravir les échelons. Mais on me demandait une expérience que je n’avais pas, décrit-elle. Comment en gagner si on me refuse tous les emplois auxquels je postule ? J’ai les diplômes et les qualifications nécessaires. On ne m’a jamais fait la remarque, mais l’endroit où je vis a forcément été pris en compte. »

 

L’association Office privé d’hygiène sociale vient pour sa part de recruter deux Nogentais en CDI avec ce dispositif. Pour son président, Claude Maillard, cette nouvelle aide va inciter l’embauche locale. « Cela peut inciter certains à recruter sur leur secteur mais surtout à ne pas trier les candidatures selon les origines géographiques. »

« C’est comme un premier coup de pédale »

Les Emplois francs pourraient ainsi intéresser de nombreux entrepreneurs. Comme Richard Evra, un des derniers fabricants d’hélice en France, basé à Creil. « Vous êtes sûrs que ce dispositif n’est pas rétroactif ? plaisante-t-il, alors qu’il vient tout juste de recruter un premier salarié. J’ai du mal à embaucher car je ne fais pas beaucoup de chiffres. Mais là, cela permet d’engager, donc de dégager de l’argent en plus et donc pourquoi pas de générer des embauches supplémentaires. C’est comme un premier coup de pédale. »

*Argentine, Beauséjour, Belle Vue Belle Visée, Clos-des-Roses, la Victoire, les Côteaux, les Hauts de Creil, les Martinets, les Rochers l’Obier, les Sables, les Terriers, Liancourt les Abords du parc, Mont-Siméon, quartier de la Nacre, quartier Kennedy, Saint-Jean, Saint-Lucien, Vivier-Corax.

 

 

La prime d’activité

https://www.europe1.fr/societe/prime-dactivite-quelles-sont-les-demarches-pour-en-beneficier-3851690

La prime d’activité revalorisée et élargie entre en scène. Les premiers versements de cette mesure, annoncée en décembre par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des « gilets jaunes », doivent être effectués aux bénéficiaires à partir du mardi 5 février. Au total, 5 millions de foyers sont désormais éligibles.

Qui peut en bénéficier ?

La prime d’activité est versée, sous conditions de ressources, aux salariés, fonctionnaires et travailleurs indépendants de plus de 18 ans résidant en France. Les étudiants salariés et apprentis sont éligibles à partir de 932 euros de salaire net. 3,5 millions de foyers en bénéficient actuellement.

Quelles sont les conditions de ressource ?

La prime est versée sous conditions de ressources, en fonction d’un calcul complexe. Seuls les travailleurs qui touchent entre 0,5 Smic (environ 585 euros nets) et 1,5 Smic (environ 1.800 euros nets) sont concernés. Attention, sont également pris en compte les autres ressources éventuelles de votre foyer, comme les aides sociales (APL, prestations familiales, indemnités maladie…), et les salaires perçus par votre conjoint. Sachez également que les seuils précis pour être éligibles dépendent de la situation familiale de chaque foyer.

Quelles sont les démarches ?

Si vous touchez déjà la prime d’activité, il n’y a aucune démarche à effectuer. La prime revalorisée vous sera automatiquement versée le 5 février sur votre compte en banque. Vous devez cependant continuer à déclarer vos ressources en ligne tous les trimestres pour continuer à en bénéficier.

Le versement de la prime d’activité n’est cependant pas automatique. Il faut au préalable faire une simulation sur le site www.caf.fr, ou bien de la MSA (mutualité sociale agricole) si vous dépendez du régime social agricole. Il est nécessaire pour cela de renseigner notamment les salaires ainsi que les prestations sociales perçues lors des trois derniers mois. En cas de réponse positive, vous pouvez faire la démarche sur le site de la CAF, ou auprès des points d’accueil de la CAF ou d’une Maison de services au public.

Après examen de votre dossier, vous recevrez une notification d’attribution de la prime d’activité pour une période de trois mois. Précision importante : il vous faudra ensuite, chaque trimestre, déclarer sur internet l’ensemble de vos ressources, pour une éventuelle réévaluation de la prime d’activité.

Quelles sont les dates à respecter ?

Pour toucher la prime en février, la demande devait être effectuée avant le 31 janvier. Mais le versement n’est pas rétroactif. Pour pouvoir toucher la prime en mars, il vous faudra effectuer vos démarches  avant le 25 février.

Face à l’illusion méritocratique, ouvrir l’égalité des chances.

https://www.xerficanal.com/economie/emission/David-Guilbaud-Face-a-l-illusion-meritocratique-ouvrir-l-egalite-des-chances_3746605.html

Xerfi Canal a reçu David Guilbaud, haut fonctionnaire, dans le cadre de son livre « L’Illusion méritocratique ».

Une interview menée par Adrien de Tricornot.

Gaël Giraud : « Le lien social est ce qui fait qu’une société tient debout »

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/06/gael-giraud-le-lien-social-est-ce-qui-fait-qu-une-societe-tient-debout_5393520_3224.html?fbclid=IwAR29qxjg7fOY3UD0ydBonQa5jhU-iMOOpmPtE7pd3ySvSOHHlTCU9KG339A

Entretien avec l’économiste en chef de l’Agence française de développement, qui s’alarme de la distance croissante entre riches et pauvres. Propos recueillis par Annie Kahn Publié hier à 12h00 Temps de Lecture 4 min.

A l’occasion de la conférence du vendredi 7 décembre 2018, organisée par l’Agence française du développement (AFD) sur le thème « Inégalités et lien social », Gaël Giraud insiste sur l’interdépendance entre égalité et solidarité.

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Comment définissez-vous le « lien social » ?

C’est ce qui fait qu’une société tient debout. Le droit ne suffit pas. Encore moins le marché. Ce qui explique la crise actuelle du lien en Europe, au ­Brésil, aux Etats-Unis… Depuis les années 1990, la social-démocratie a réduit la justice sociale à l’égalité des chances. Or l’égalité des chances procède d’une vision atomisée et darwinienne de la société qui tient les liens de solidarité pour négligeables. Pour les raviver, il faut réduire les inégalités de position : revenu, genre, patrimoine, éducation, génération, handicap…

L’égalité des chances procède d’une vision atomisée et darwinienne de la société qui tient les liens de solidarité pour négligeables.

Vous pensez donc que l’augmentation des inégalités dégrade le lien social ?

Avec [la philosophe] Cécile Renouard, j’ai conçu un « indicateur de capacités relationnelles » (RCI) qui mesure la qualité relationnelle selon trois dimensions : l’accès aux réseaux (routes, télécommunications, écoles, centres de soin, télécommunications…) ; la qualité des relations avec nos proches ; l’engagement pour l’intérêt collectif (mouvements de jeunesse, syndicats, communautés religieuses, partis politiques, vote…). En Indonésie comme au Nigeria, lorsque les écarts de revenus augmentent trop, la qualité du lien social mesurée par le RCI se dégrade.

A l’inverse, est-ce que la réduction des inégalités renforce le lien social ?

Elle prévient les déchirures. Mes travaux en macro-économie montrent aussi que réduire les inégalités améliore la croissance potentielle, nonobstant les problèmes écologiques associés au PIB.

En France, selon l’Insee, l’écart de niveau de vie s’est réduit entre les 30 % de Français les plus ­modestes et la médiane. Comment ­expliquez-vous que cette diminution des ­inégalités s’accompagne d’une augmentation des tensions ?

Pour la première fois depuis deux siècles, un enfant n’a pas plus de chances de faire de bonnes études que ses parents

Si l’écart entre ces deux tranches se réduit, c’est le signe du déclassement des classes moyennes. En 2016, le revenu médian en France, comme celui des 30 % les plus modestes, n’avait toujours pas retrouvé son niveau d’avant le krach de 2008. Les inégalités mesurées selon l’indice de Gini sont plus élevées aujourd’hui qu’il y a vingt ans. En cause, un schisme qui est aussi éducatif. L’ascenseur scolaire est en panne depuis vingt ans en France. Pour la première fois depuis deux siècles, un enfant n’a pas plus de chances de faire de bonnes études que ses parents. Un tiers d’une classe d’âge est diplômé du supérieur. Ce tiers concentre les pouvoirs politique, médiatique, économique, et n’a quasiment plus de relation avec le reste de la population, d’où la dislocation du corps social, les tensions et les incompréhensions actuelles.

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Pour réduire les inégalités, faut-il investir autant dans la constitution du lien social que dans l’accès à l’eau, à l’alimentation, à la santé ?

Tout va ensemble ! En Afrique et en Inde, le puits est un lieu de socialisation privilégié, tout comme les repas, partout dans le monde. Pour refaire des liens, la promotion des « communs » est décisive. Les stades, les piscines, le sport sont des médiations importantes. Mais aussi la langue, la culture… Ce que nous partageons en commun, voilà ce qui nous humanise et que le « chacun pour soi » de la privatisation met en péril.

Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux peuvent-ils aider à consolider ce lien commun ?

Ils sont un vecteur évident de connexion à sa communauté. J’ai travaillé à alphabétiser des enfants roms en France, qui vivent pieds nus mais ont tous un téléphone portable. Dans bien des régions d’Afrique, le portable est arrivé avant le raccordement au réseau électrique. Mais les réseaux virtuels désocialisent aussi les adolescents. Ils contribuent donc à la première dimension de notre indicateur mais nuisent aux relations avec nos proches, et peuvent être désastreux vis-à-vis de l’engagement collectif : en témoignent les élections italiennes et brésiliennes. Or un lien social de qualité exige la prise en compte de ces trois dimensions.