Le ralentissement préoccupant de l’économie européenne

https://www.lemonde.fr/economie/article/2019/01/15/le-ralentissement-preoccupant-de-l-economie-europeenne_5409133_3234.html?xtmc=politique_monetaire_de_la_bce&xtcr=5

L’humeur est maussade. Pour ne pas dire franchement déprimée. Dans tous les pays membres, ou presque, l’économie européenne a commencé la nouvelle année sous le signe des inquiétudes. Et la liste de ces dernières est longue : Brexit, montée des eurosceptiques, tensions commerciales… Sans oublier les derniers indicateurs conjoncturels, plutôt mauvais.

En novembre 2018, la production industrielle a ainsi dangereusement chuté en France (− 1,3 % sur un mois), en Espagne (– 1,5 %), en Italie (– 1,6 %) et en Allemagne (– 1,9 %). Dans l’ensemble de la zone euro, le plongeon est de 1,7 %, soit le plus fort enregistré depuis début 2016, selon les chiffres publiés lundi 14 janvier par Eurostat.

Cela signifie-t-il que le moteur européen est en train de caler ? Le trou d’air est-il passager, ou sommes-nous à l’aube d’une nouvelle récession ? « Difficile d’être positif, on ne voit pas bien d’où viendra la lumière cette année », redoute Philippe Waechter, chef économiste d’Ostrum Asset Management.

Il y a un an tout juste, ces mêmes indicateurs prêtaient pourtant à l’optimisme. Voire à l’euphorie, tant les bons chiffres de 2017, dix ans après le début de la crise, laissaient enfin espérer une reprise solide. Cette année-là, profitant du rebond du commerce international et du faible niveau des prix du pétrole, l’union monétaire a en effet vu sa croissance culminer à 2,4 %. « Elle a atteint un pic, avant de retrouver son rythme de croisière courant 2018, détaille M. Waechter. Un atterrissage prévisible et attendu. La surprise est que celui-ci est intervenu plus vite que ce que nous anticipions. » Et plus fort. Car depuis, la conjoncture européenne est passée du rose au gris.

« Cocktail de facteurs internationaux et nationaux »

Le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro a ainsi progressé de 0,2 % seulement au troisième trimestre 2018, au plus bas depuis début 2014. Ceux de l’Italie (– 0,1 %) et de l’Allemagne (– 0,2 %) se sont même contractés, laissant craindre un quatrième trimestre désastreux dans l’ensemble de la région.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance de l’union monétaire ne devrait guère dépasser 2 % sur 2018. Et elle s’annonce plus faible encore cette année.

« Depuis quelques mois, un cocktail de facteurs internationaux et nationaux pèsent sur la conjoncture, dont certains sont probablement temporaires », explique Nadia Gharbi, chez Pictet WM. Les trois principales économies de la zone euro ont ainsi donné des signes de faiblesse. En Allemagne, la production automobile, poumon de l’industrie, a été sévèrement perturbée par l’entrée en vigueur des nouvelles normes antipollution. « En Italie, les inquiétudes sur la situation politique et les tensions avec Bruxelles sur le budget ont affecté l’économie », ajoute Jack Allen, chez Capital Economics. En France, les manifestations des « gilets jaunes » ont pénalisé certains secteurs, tels que le commerce.

Ce qui a convaincu la Banque de France d’abaisser sa prévision de croissance pour le quatrième trimestre à + 0,2 %, contre + 0,4 % estimé précédemment. Ces effets transitoires s’estomperont-ils début 2019 ? « C’est la grande question : tout le monde guettera les signes de rebond en France et en Allemagne », note MmeGharbi.

D’autres facteurs risquent néanmoins d’obscurcir l’horizon des deux côtés du Rhin. A commencer par le ralentissement de la Chine. Au troisième trimestre, la croissance s’y est établie à + 6,5 %, au plus bas depuis début 2009, selon les chiffres officiels. Et tout porte à croire que ce moindre dynamisme va se prolonger, le pays ayant accusé en 2018 la plus forte baisse de ses exportations en deux ans. « Les exportations de la zone euro vers la Chine en seront affectées,prévoient les économistes de Nomura. Et cela pourrait devenir plus sérieux encore si les discussions commerciales entre Pékin et Washington échouent. »

L’inflation devrait rester modérée

La croissance des Etats-Unis, principal partenaire commercial de l’Europe, devrait elle aussi fléchir, passés les effets dopant de la réforme fiscale du président Donald Trump. D’autant que l’économie américaine débute sa dixième année de croissance consécutive – une durée exceptionnellement longue au regard des standards historiques, laissant penser que le cycle ne devrait pas tarder à se retourner.

Lire aussi  Une croissance américaine en trompe-l’œil

S’ajoutent à cela les incertitudes politiques propres au Vieux Continent. Comme celles entourant les élections européennes de mai, susceptibles de donner plus de poids aux eurosceptiques dans le prochain Parlement européen. Ou encore, celles liées au Brexit.

Les doutes quant à l’issue des négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) handicapent déjà l’économie britannique, où l’investissement est au point mort. Nombre d’entreprises préférant attendre d’y voir plus clair. En cas de « no deal », la croissance de la zone euro pourrait être amputée de 0,25 point de PIB cette année, selon les estimations de Pictet WM. « Elle pourrait même tomber à un niveau inférieur à son potentiel », notent les économistes de Nomura, jugeant qu’elle ne devrait guère progresser de plus de 1,1 % en 2019.

Seulement voilà : à tout voir en noir, on en oublierait presque que les fondamentaux de l’union monétaire ne sont pas si mauvais. « Les conditions de crédit et d’emploi restent même très favorables », rappelle Mme Gharbi. Le taux de chômage est ainsi tombé à 7,9 % de la population active en novembre, retrouvant son plus bas niveau depuis octobre 2008.

Une excellente nouvelle pour le pouvoir d’achat des ménages, car la bonne tenue du marché du travail devrait se traduire, courant 2019, par des hausses des salaires. « Selon nos estimations, celles-ci devraient rapporter 50 milliards d’euros en plus dans les poches des ménages de la zone euro », détaille Angel Talavera, d’Oxford Economics, dans une note sur le sujet. Selon lui, les revenus réels des ménages devraient progresser de 1,9 % cette année, soit la plus forte augmentation depuis 2006.

Au reste, l’inflation, elle, devrait rester modérée. Selon les prévisions de la Banque centrale européenne (BCE), elle devrait s’établir à + 1,6 % sur l’ensemble de l’année, contre + 1,8 % en 2018. Dans ces conditions, l’institut monétaire, soucieux d’éviter la surchauffe des prix, n’a aucune raison de hâter le retrait de ses soutiens à l’économie. « Il ne devrait pas remonter ses taux directeurs avant 2021 », estime Jack Allen. En décembre, la BCE a certes mis fin à ses rachats nets de dettes publiques et privées (le quantitative easing en anglais, ou QE). Mais elle continue de racheter les titres arrivant à échéance. Grâce à quoi, les Etats membres profiteront encore de taux d’emprunt historiquement bas ces prochains mois.

Marie Charrel

Politique monétaire et quantitative easing

  1. Qu’est-ce que le Quantitative Easing (QE)?
  2. Quel est le moyen conventionnel cité dans le document que la BCE utilise pour relancer l’économie? Quel est le mécanisme qui doit permettre une relance de l’économie?
  3. Comment le Quantitative Easing peut-il permettre de relancer l’économie?

 

 

http://ses.webclass.fr/jt/economie-bce-sort-son-plan-anti-crise

Est-ce que l’arrêt du QE est bienvenu pour tous les pays de la zone euro? Pour quels pays est-il favorable? Pour quels pays est-il défavorable?

http://ses.webclass.fr/jt/travailleurs-detaches-details-accord-union-europeenne

Quels exemples de dumping social indique le document ci-dessus ?

https://investir.lesechos.fr/marches/actualites/zone-euro-la-croissance-va-ralentir-les-risques-s-accumulent-ce-1803993.php

REUTERS |  | 

La croissance de la zone euro vue à 2,1% cette année, 1,9% en 2019 et 1,7% en 2020. Tensions commerciales, Brexit et budget italien, parmi les facteurs de risque. La CE moins optimiste que Rome sur la croissance et les déficits.

par Francesco Guarascio

BRUXELLES, 8 novembre (Reuters) – La Commission européennes’attend à un ralentissement de la croissance de la zone euro dans les prochaines années avec l’accumulation de risques baissiers liés aux tensions commerciales initiées par les Etats-Unis, à l’éventualité d’un Brexit sans accord et à la confrontation entre Rome et ses partenaires européens sur le budget italien.

L’exécutif communautaire a en revanche légèrement relevé ses prévisions d’inflation pour cette année et l’année prochaine mais la hausse des prix ralentirait à nouveau en 2020.

La Commission européenne a confirmé sa prévision d’une croissance de 2,1% cette année au sein de la zone euro contre mais ne table plus que sur une progression du produit intérieur brut (PIB) de 1,9% en 2019 contre 2,0% en juillet. Pour 2020, la CE prévoit une poursuite du ralentissement de la croissance à 1,7%.

Pour l’ensemble de l’Union, ses prévisions d’automne donnent une croissance de 2,1% du PIB cette année comme en juillet et de 1,9% en 2019 (2,0%).

Concernant les deux principales économies de l’UE, l’Allemagne et la France, la CE a abaissé un peu plus nettement ses prévisions pour la première que pour la seconde.

La prévision de croissance du PIB allemand a été abaissée à 1,7% pour cette année et 1,8% pour 2019 contre 1,9% pour les deux années en juillet.

Pour la France, la prévision de croissance pour 2018 a été confirmée à 1,7% et abaissé à 1,6% pour 2019 contre 1,7%.

Concernant l’Italie, dont la Commission européenne a rejeté le projet de budget 2019 prévoyant un déficit public à 2,4% du PIB, la prévision de croissance pour cette année a été ramenée à 1,1% contre 1,3% en juillet tandis que celle pour l’année prochaine a été légèrement relevée à 1,2% contre 1,1%. Pour 2020, la CE s’attend à une croissance du PIB italien de 1,3%

Ses prévisions sont sensiblement inférieures à celles retenues par le gouvernement italien qui table sur une croissance de 1,5% l’année prochaine et de 1,6% en 2020.

« La croissance économique en Europe a atteint un pic en 2017 », relève Marco Buti, directeur général des Affaires économiques et financières de la Commission dans sa présentation des prévisions d’automne.

« En l’absence de chocs majeurs, le PIB devrait continuer à croître à un rythme modéré mais la trajectoire devant nous est semée d’incertitudes et de risques nombreux et interconnectés », prévient-il en référence aux tensions commerciales, aux turbulences dans les marchés émergents et à l’éventualité d’un Brexit sans accord.

« Certains risques identifiés se matérialisent (..) d’autres risques baissiers sont croissants et interconnectés et pourraient conduire à une situation bien pire que prévue », avertit-il.

Une surchauffe de l’économie alimentée par « une stimulation budgétaire procyclique » pourrait conduire à une hausse plus rapide que prévu des taux d’intérêt, ce qui aurait de nombreuses répercussions négatives au-delà des Etats-Unis, préviennent aussi les équipes de la Commission.

 

LES PRÉVISIONS D’INFLATION RELEVÉES

La Commission, qui s’attend à une croissance de 1,2% de l’économie britannique en 2019 et 2020, fondée sur « une hypothèse purement technique » au vu des incertitudes entourant la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, souligne qu’un Brexit désordonné impacterait négativement l’ensemble du bloc.

« Les doutes sur la qualité et la soutenabilité des finances publiques dans des Etats-membres très endettés pourraient se propager aux secteurs bancaires nationaux, soulevant des inquiétudes sur la stabilité financière et pesant sur l’activité économique », ajoutent les équipes de la Commission en référence notamment à l’Italie.

La Commission prévoit que le déficit des finances publiques à l’échelle de l’ensemble de la zone euro atteindra 0,6% du PIB cette année puis 0,8% en 2019 et 0,7% en 2020.

Il devrait en revanche atteindre 2,6% en France cette année, 2,8% l’année prochaine et 1,7% en 2020.

Dans le projet de loi de finances rectificative présenté mercredi en conseil des ministres, le gouvernement français a maintenu ses prévisions d’une croissance de 1,7% et d’un déficit public à 2,6% du produit intérieur brut cette année.

Dans le projet de loi de finances pour 2019, le gouvernement prévoit une croissance de 1,7% l’année prochaine et un creusement du déficit public à 2,8% du PIB.

Pour l’Italie, la Commission européenne table sur un déficit public à 1,9% du PIB cette année qui atteindrait 2,9% du PIB en 2019 et 3,1% en 2020.

La prévision d’inflation au sein de la zone euro a été revue en hausse pour cette année et l’année prochaine à 1,8% dans les deux cas, contre 1,7% pour les deux années en juillet.

L’inflation ralentirait en revanche en 2020, selon les prévisions de la Commission qui anticipent une hausse des prix de 1,6% à cet horizon, un chiffre toujours très inférieur à l’objectif de la Banque centrale européenne (BCE) d’une inflation légèrement inférieure à 2,0% l’an à moyen terme.

La BCE a laissé sa politique monétaire inchangée la semaine dernière et réaffirmé son intention de mettre fin à son programme exceptionnel de soutien au crédit et aux marchés en dépit de la dégradation des perspectives de croissance et des turbulences liées à la politique budgétaire italienne.

 

 

 

Euro

https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/economie-mondiale/euro/

L’euro est la monnaie commune aux pays membres de la zone euro qui regroupe 19 Etats de l’Union européenne depuis le 1er janvier 2015. Mis en usage dès 1999, l’euro est apparu sous sa forme fiduciaire le 1er janvier 2002.

Comme toutes les monnaies, l’euro a un nom et un symbole :

  • Le nom – l’euro – a été choisi par le Conseil européen réuni à Madrid en décembre 1995, dans le cadre des préparatifs pour l’instauration de la monnaie unique.
  • Le symbole de l’euro – € – s’inspire de la lettre grecque epsilon (Є). Il représente aussi l’initiale du mot «Europe» dans l’alphabet latin, tandis que les deux lignes parallèles qui barrent le symbole évoquent la stabilité.

Le traité de Maastricht signé en 1992 oblige les Etats de l’UE à adopter l’euro dès lors qu’ils respectent certains critères monétaires et budgétaires, dits de convergence. Ceux-ci exigent des pays un déficit budgétaire de moins de 3 % de leur PIB, un endettement inférieur à 60 % du PIB, une faible inflation, et des taux d’intérêt proches de la moyenne de l’UE. Le Royaume-Uni et le Danemark ont cependant obtenu des dérogations, tandis que la Suède, qui a rejoint l’UE après la signature du traité de Maastricht, a refusé d’introduire l’euro après un référendum négatif en 2003, et a contourné l’obligation d’adopter l’euro en refusant de participer au mécanisme de change européen qui est une étape préalable pour intégrer la zone euro.

Carte europe

Une monnaie récente

Le 1er janvier 1999 à minuit, l’euro est devenu la monnaie de plus de 300 millions d’Européens. Au cours des trois premières années, il n’était utilisé que sous forme immatérielle, par exemple pour les paiements électroniques. Les monnaies nationales des pays participants ont dès lors cessé d’exister indépendamment. Leurs taux de change ont été bloqués à taux fixes les uns envers les autres. L’euro est ainsi devenu le successeur de l’unité de compte européenne. Les billets et les pièces en euros ont été introduits le 1er janvier 2002, date à laquelle ils ont remplacé, aux taux de conversion fixes, les billets et les pièces libellés en monnaies nationales (franc français, franc belge, deutsche mark,…).

Aujourd’hui, les billets et les pièces en euros ont cours légal dans dix-neuf des vingt-huit États membres de l’Union européenne, y compris les départements d’outre-mer, les territoires et les îles qui font partie de certains pays de la zone euro ou y sont associés.

Les taux de conversion ont été déterminés par le Conseil de l’Union européenne sur la base d’une recommandation de la Commission européenne établie sur les taux du marché au 31 décembre 1998. Ils ont été créés de sorte qu’une unité de compte européenne (ECU) soit égale à un euro. L’unité monétaire européenne était une unité de compte utilisée uniquement par l’UE et calculée sur la base des monnaies des États membres.

Taux de conversion fixes et dates d’adoption de l’euro

Euro Monnaie Date d’adoption de l’euro fiduciaire
1 BEF 40,3399 (francs belges) 1er janvier 2002
1 DEM 1,95583 (deutsche mark) 1er janvier 2002
1 EEK 15,6466 (couronnes estoniennes) 1er janvier 2011
1 IEP 0,787564 (livre irlandaise) 1er janvier 2002
1 GRD 340,750 (drachmes grecques) 1er janvier 2002
1 ESP 166,386 (pesetas espagnoles) 1er janvier 2002
1 FRF 6,55957 (francs français) 1er janvier 2002
1 ITL 1 936,27 (lires italiennes) 1er janvier 2002
1 CYP 0,585274 (livre chypriote) 1er janvier 2008
1 LVL 0,702804 (lats letton) 1er janvier 2014
1 LTL 3,45280 (litas lituaniens) 1er janvier 2015
1 LUF 40,3399 (francs luxembourgeois) 1er janvier 2002
1 MTL 0,429300 (lire maltaise) 1er janvier 2008
1 NLG 2,20371 (florins néerlandais) 1er janvier 2002
1 ATS 13,7603 (schillings autrichiens) 1er janvier 2002
1 PTE 200,482 (escudos portugais) 1er janvier 2002
1 SIT 239,640 (tolars slovènes) 1er janvier 2007
1 SKK 30,1260 (couronnes slovaques) 1er janvier 2009
1 FIM 5,94573 (marks finlandais) 1er janvier 2002

Les micro-États que sont Andorre, Monaco, Saint-Marin et la Cité du Vatican utilisent également l’euro en vertu d’un accord formel conclu avec la Communauté européenne. Le Monténégro et le Kosovo font de même, mais l’utilisation de l’euro n’y est pas régie par une convention monétaire.

L’euro est géré par la Banque Centrale Européenne

En tant que banque centrale indépendante, la BCE est l’unique instance ayant le pouvoir de fixer la quantité de billets et de pièces en circulation nécessaire au bon fonctionnement des économies de la zone euro. L’Eurosystème, qui est composé des banques centrales des Etats de la zone euro, participe à l’impression, la frappe et la distribution des billets et pièces dans tous les Etats membres. Il veille également au bon fonctionnement des systèmes de paiements au sein de la zone euro.

Les flux de billets en euros au sein de la zone euro sont très importants en raison principalement du tourisme, des voyages d’affaires et des achats transfrontaliers.
Avant l’introduction de l’euro, les billets nationaux migraient également entre les pays, dans des proportions beaucoup plus faibles, et devaient ensuite être « rapatriés », principalement par le canal des banques commerciales, vers la banque centrale qui les avait émis.
Avec l’euro, il n’est plus nécessaire de procéder à de telles opérations de rapatriement.
Toutefois, des volumes importants de billets en euros ne restent pas dans le pays où ils ont été émis et sont emportés dans d’autres pays de la zone euro où ils servent à régler des achats. Dès lors, les banques centrales doivent les redistribuer entre elles afin d’éviter une pénurie de billets dans certains pays et un excédent dans d’autres. Ces transferts à grande échelle sont coordonnés de manière centralisée et financés par la BCE.

Les billets et pièces en circulation au sein de la zone euro représentaient un total de 1 136 milliards d’euros en juillet 2018, ce qui correspond à environ 14,1 % du montant de l’agrégat monétaire M1 qui regroupe les moyens de paiement les plus liquides, c’est à dire mobilisables immédiatement et sans frais : les pièces de monnaie, les billets et les comptes courants. Ces derniers sont de loin la composante la plus importante de l’agrégat M1 de la zone euro (6 913 milliards d’euros en juillet 2018, soit 85,9 % de M1.

Composition de M1 en zone euro

La production et les stocks de billets

En avril 2001, le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé que la production des billets en euros serait décentralisée et mise en commun. Dès lors, depuis 2002, chaque banque centrale nationale de la zone euro fournit une partie de la production annuelle totale de certaines coupures. La banque centrale concernée prend en charge les coûts de production au titre de la part qui lui a été allouée. Par ailleurs, les banques centrales nationales procèdent à la mise en  circulation et au retrait des billets en euros par le biais du système bancaire et, dans une moindre mesure, par l’intermédiaire des commerçants.

La Banque de France produit une partie des billets les plus couramment utilisés dans la zone euro, ceux de 5 €, 10 € et 20 €. Elle dispose pour cela en Auvergne d’un véritable centre industriel employant près de 1250 salariés. Il se compose d’une papeterie à Vic-le-Comte et d’une imprimerie de billets de banques à Chamalières. Cette dernière couvre environ 20 % des commandes de billets annuelles de la BCE, ce qui fait de la Banque de France le premier imprimeur public européen.

Les banques centrales nationales disposent de stocks logistiques grâce auxquels il est possible de répondre à la demande de billets dans des circonstances normales. En particulier, ils permettent de :

  • remplacer les billets impropres à la circulation (en mauvais état) lorsqu’ils remontent vers la banque centrale ;
  • faire face à une progression de l’encours en circulation ;
  • et répondre aux fluctuations saisonnières de la demande.

En septembre 2002, le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé de mettre en place un stock stratégique de l’Eurosystème. Ce stock peut être utilisé dans des circonstances exceptionnelles, c’est-à-dire si les stocks logistiques au sein de l’Eurosystème sont insuffisants pour faire face à une hausse inattendue de la demande de billets ou en cas d’interruption soudaine de l’approvisionnement.

Les pièces de monnaie

Les pièces sont frappées par les États membres de la zone euro en quantités approuvées chaque année par la BCE et leur production est du ressort de l’hôtel des monnaies de chaque pays.

En France, ce rôle est dévolu à La Monnaie de Paris. La Commission européenne assure, au niveau de la zone euro, la coordination de toutes les opérations relatives à la frappe des pièces.

L’euro, devise internationale

La taille, la stabilité et la force de l’économie de la zone euro – la deuxième dans le monde après les États-Unis – confèrent aussi à l’euro un attrait croissant en dehors de ses frontières.

Les secteurs publics et privés des pays tiers achètent et utilisent l’euro pour les échanges commerciaux ou comme réserve de change. Pour cette raison, l’euro est aujourd’hui la deuxième devise internationale en ordre d’importance derrière le dollar américain.

L’usage de l’euro est ainsi très répandu dans le système financier et monétaire international :

  • L’euro est de plus en plus utilisé pour émettre des emprunts publics et privés dans le monde.
  • L’euro se classe en deuxième position (derrière le dollar) parmi les devises le plus activement négociées sur les marchés des changes; il sert de contrepartie dans environ 40% des transactions journalières.
  • L’euro est très souvent utilisé pour les factures et les paiements dans le commerce international, non seulement entre la zone euro et des pays tiers, mais aussi, dans une moindre mesure, entre des pays tiers.
  • L’euro est largement employé comme monnaie de réserve dans l’éventualité de crises monétaires. À la fin 2017, environ 20 % des réserves de change mondiales étaient détenues en euros. L’euro est la deuxième monnaie de réserve, loin derrière le dollar américain qui représente environ de 62 % des réserves de change.

L’évolution du cours de l’euro

L’euro s’échange librement sur le marché des changes et son cours vis-à-vis des autres devises évolue donc en fonction des quantités achetées et vendues par les opérateurs.

La BCE ne pratique pas de politique de change, la défense de la parité de l’euro ne figure pas parmi les objectifs qui lui sont assignés par son mandat. Ceci signifie qu’elle n’intervient pas pour acheter ou vendre des euros sur le marché des changes et qu’elle laisse la monnaie unique s’apprécier ou se déprécier au gré des mouvements orchestrés par les opérateurs sur ce marché.

Pourtant, le cours de l’euro par rapport aux autres devises, et plus particulièrement par rapport au dollar qui est la principale monnaie de facturation dans le commerce mondial, joue un rôle important pour l’économie de la zone euro :

  • Le cours de l’euro influence directement la compétitivité-prix des produits européens sur les marchés mondiaux. Plus le cours de l’euro est élevé par rapport aux autres devises, plus les produits européens sont chers comparativement aux produits américains et plus ils sont difficiles à vendre. Un euro « fort » pénalise alors les exportations européennes au profit des importations en provenance du reste du monde, ce qui est défavorable à la croissance et à l’emploi.
  • Le cours de l’euro influence également les prix des produits importés : une appréciation de l’euro se traduit ainsi par une baisse des prix du pétrole payé par les pays de la zone. Plus généralement, l’appréciation de la monnaie a un effet désinflationniste sur le niveau général des prix qui, en redonnant du pouvoir d’achat aux consommateurs, atténue son impact négatif sur l’activité économique.

Après avoir été fort par rapport au dollar jusqu’en 2014, l’euro s’est déprécié depuis, notamment du fait de la progressive remontée des taux d’intérêts aux Etats-Unis, ce qui a incité les investisseurs à placer en dollar (donc à acheter du dollar ce qui conduit à son appréciation).

Evolution cours euro dollar

La croissance en zone euro a été plutôt décevante sur la décennie écoulée. Les pays européens ont été, comme les Etats-Unis, frappés par la crise des « subprimes » de 2008-2009.

Cependant, à la différence des Etats-Unis, la zone euro a connu une seconde récession en 2012-2013 suite à la crise des dettes publiques et aux politiques d’austérité qui ont déprimé l’activité économique.

Croissance et inflation en zone euro

Hausse de l’euro, déficit extérieur : la France va-t-elle décrocher ?

 Par Olivier Passet, Xerfi  |   |  615  mots

En l’espace d’un an, le cours de l’euro s’est nettement apprécié par rapport au dollar. Pour remettre les choses en perspective, le point bas était en décembre 2016, avec un cours oscillant en moyenne autour de 1,05 dollar pour un euro. Depuis, le seuil des 1,20 a été franchi pour la première fois le 31 décembre 2017. Et sur les 20 premiers jours de 2018, la moyenne est de 1,21 dollar. Bref, depuis son point bas, l’euro s’est valorisé de 15% par rapport au dollar.

Les raisons sont à la fois politiques et économiques

L’allègement des incertitudes politiques en Europe, après deux années de stress terroriste et populiste, plus l’effet de sidération lié au Brexit a probablement produit un sur-ajustement à la baisse, qui tend à s’effacer avec le temps. De l’autre côté, les marchés hésitent entre amour et répulsion face à Trump.

En ce qui concerne les arguments économiques stricto sensu, le fait que la zone euro soit en train de recoller aux États-Unis en termes de croissance est généralement favorable à la revalorisation de l’euro. L’écart de conjoncture se résorbe, et cette phase du cycle booste traditionnellement la monnaie européenne.

Les écarts de taux d’intérêt de part et d’autre de l’Atlantique n’ont cessé de s’élargir en faveur des États-Unis depuis février 2013, pour atteindre un paroxysme fin 2017. Les choses tendent néanmoins à se stabiliser et un début de convergence pourrait se dessiner dans les mois à venir. Enfin, l’excédent commercial et des transactions courantes européennes, qui atteignent des niveaux record, créent un ensemble de forces convergentes qui accréditent la robustesse du mouvement et probablement son amplification.

On est loin des niveaux problématiques

Il faut bien sûr mettre les choses en perspectives. Aussi marqué soit le mouvement, il est encore loin de ramener l’euro sur ses niveaux problématiques de début 2008, ou encore des pics des précédents cycles. Et à en juger par le taux de change effectif réel, qui jauge la valeur de l’euro par rapport à l’ensemble des monnaies avec laquelle commerce la zone et la corrige de l’effet de l’inflation, le fameux alignement des astres n’est pas complétement mort. Face à l’inflexion actuelle, reste l’espoir que la politique de relance fiscale de Trump, totalement pro-cyclique, redonne un coup de fouet au dollar.

Pour l’heure, contentons nous ne regarder les choses telle qu’elles sont. A 1,20 dollar, l’industrie allemande reste dans sa zone de confort. L’euro reste en-deçà du niveau qui égalise les prix allemands et les prix américains, que l’OCDE estime à 1,28. Mais étonnemment, la France aussi, selon l’OCDE qui estime ce taux à 1,24 dollar. Plus étonnant encore compte tenu de la déflation salariale des pays du Sud, l’Italie pourrait encaisser un taux de 1,39 et l’Espagne de 1,50.

Mais la France décroche quand même

Ça, c’est pour la théorie. Car pour l’heure ce que l’on voit c’est une reprise du mouvement de décrochage des parts de marché de la France à l’exportation hors zone euro. Comme ce mouvement est encore plus marqué sur les marchés intra-européens, où la parité n’agit pas directement, on peut se dire que ce décrochage témoigne d’abord d’un défaut de spécialisation, notamment en phase de reprise portée par l’investissement. Ce que l’on peut dire a minima, c’est que la hausse de l’euro est un obstacle de plus sur le long chemin de la restauration de la compétitivité française. Cette hausse, en l’état, ne compromet pas encore sa reprise, mais la place en traîne du mouvement.