Face à l’illusion méritocratique, ouvrir l’égalité des chances.

https://www.xerficanal.com/economie/emission/David-Guilbaud-Face-a-l-illusion-meritocratique-ouvrir-l-egalite-des-chances_3746605.html

Xerfi Canal a reçu David Guilbaud, haut fonctionnaire, dans le cadre de son livre « L’Illusion méritocratique ».

Une interview menée par Adrien de Tricornot.

Législatives : mais au fait, à quoi sert un député ?

http://www.lefigaro.fr/elections/legislatives/2017/06/10/38001-20170610ARTFIG00100-legislatives-mais-au-fait-a-quoi-sert-un-depute.php

● Élu au suffrage universel

Le député est élu au suffrage universel direct depuis 1958. Tous les cinq ans, les Français élisent 577 députés pour les représenter. Pour être élu dès le premier tour, le député doit obtenir la majorité absolue des votes, c’est-à-dire plus de la moitié des suffrages exprimés. Pour être présent au second tour, les candidats doivent avoir obtenu un nombre de voix supérieur ou égal à 12,5% du nombre des électeurs inscrits. Si l’abstention ne le permet pas, les deux candidats arrivés en tête sont qualifiés. Le candidat qui obtient le plus de voix au second tour l’emporte.

● Contrôler le gouvernement

Le député peut interroger directement les ministres, par écrit ou à l’oral, chaque mardi et mercredi. Les questions concernent sa circonscription, ou la politique d’un ministre. L’élu peut aussi proposer à l’Assemblée de créer une commission d’enquête, voire de renverser le gouvernement grâce à une motion de censure. Ce moyen de contrôle n’a été utilisé qu’une fois, en 1962, pour sanctionner le gouvernement Pompidou.

● Un bon salaire et des avantages…

Un député gagne 5189,27 euros net par mois. En plus de son salaire, il touche des «frais de mandat» (6412 euros brut) qui couvrent ses frais de représentation. Il bénéficie aussi d’un crédit de 9138 euros par mois, destiné à rémunérer ses collaborateurs. Si la totalité de la somme n’est pas utilisée, la part restante retourne à l’Assemblée ou peut être cédée par le député à son groupe politique.

Un député bénéficie aussi de «facilités de circulation» et «d’appuis matériels»: voyage en TGV gratuit et en première classe, billets d’avion, abonnement Internet. Lorsqu’il se déplace à Paris et dans la région parisienne, le député dispose aussi d’un parc d’une vingtaine de voitures avec chauffeur. Quand aucun véhicule n’est disponible, l’Assemblée lui rembourse le taxi.

● … Mais mieux surveillés

L’Assemblée nationale a annoncé en février 2017 que les noms des collaborateurs des députés seraient dorénavant mis en ligne sur le site internet de l’institution, et donc accessibles à tous.

Par ailleurs, dans le cadre de la réforme sur la moralisation de la vie publique, François Bayrou a annoncé le remplacement des indemnités de frais de mandat par un remboursement des «frais réels», c’est à dire en note de frais. Le garde des Sceaux espère ainsi mettre fin au soupçon d’opacité qui plane depuis plusieurs années sur cette enveloppe mensuelle très controversée de 5840 euros bruts, touchée par chaque élu pour couvrir ses frais de représentation, et qui constitue encore aujourd’hui l’un des trois volets de la rénumération des parlementaires.

 

● L’immunité parlementaire

L’immunité parlementaire a pour objet de protéger les députés dans le cadre de leurs fonctions. On distingue deux catégories d’immunités: l’irresponsabilité et l’inviolabilité. L’irresponsabilité protège le député pour tout acte commis dans le cadre de ses fonctions. L’inviolabilité concerne ses actes de simple citoyen. Ce régime ne protège pas le député contre l’engagement de poursuites, mais il ne peut pas être arrêté sans l’autorisation de l’Assemblée. Cette immunité cesse avec la fin du mandat. À noter que l’Assemblée peut à tout moment la lever, comme ce fut le cas en mars 2015 pour Patrick Balkany, député maire UMP de Levallois-Perret, mis en examen en octobre 2014 pour corruption passive et blanchiment de fraude fiscale.

● Quelques obligations

Le député doit se consacrer, en toute indépendance, à son mandat. Il ne peut ainsi cumuler plusieurs mandats (député européen ou sénateur). Il ne peut pas non plus être PDG ou magistrat. Quant aux mandats locaux, il ne peut plus en exercer qu’un seul. Alors qu’en 2012 ils n’étaient que 107 députés sortants à ne pas se représenter aux prochaines législatives, les 11 et 18 juin prochains, ils seront plus de 200, notamment à cause de la loi de 2014 sur le non-cumul des mandats.

Sur le plan financier, le député doit déclarer, dans les deux mois suivant son arrivée, son patrimoine à la Commission pour la transparence financière de la vie politique. Celle-ci contrôle son patrimoine à la fin de son mandat, afin de vérifier toute irrégularité, comme un enrichissement personnel inexpliqué.

Le diplôme n’efface pas la distance de classe

https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/06/le-diplome-n-efface-pas-la-distance-de-classe_5393521_3224.html

Les étudiants issus de milieux populaires rivalisent d’efforts pour trouver un équilibre entre leur milieu d’origine et celui qu’ils rejoignent.

Par Isabelle Dautresme Publié hier à 12h00

Fils d’ouvrier, Nassim Larfa a usé ses pantalons sur les bancs de collèges et lycées estampillés « zone d’éducation prioritaire ». Aujourd’hui, à 22 ans, il est diplômé de Sciences Po Paris. Sans être exceptionnel, son parcours est suffisamment rare pour être remarqué. Pour preuve, selon l’Observatoire des inégalités, si près de 30 % des jeunes de 18 à 23 ans sont enfants d’ouvriers, ils ne représentent que 11 % des effectifs étudiants et à peine 6 % de ceux des grandes écoles.

A Sciences Po, Nassim Larfa a découvert un autre monde. « Le décalage avec le lycée était énorme. La très grande majorité des étudiants venaient de milieux très favorisés. Pour eux, l’IEP n’était qu’une étape pour accéder à autre chose, tandis que, pour moi, c’était un aboutissement. » Hélène (le prénom a été modifié) se souvient elle aussi de ses premiers pas à l’EM Grenoble : « Je me suis retrouvée avec des personnes dont les habitudes, les manières de s’amuser, de se détendre n’étaient pas les miennes. Aller boire un verre après les cours ou aujourd’hui après le travail, et organiser des fêtes dans des appartements, c’est quelque chose que l’on ne fait pas dans mon milieuD’abord parce que ça coûte cher. »

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Acquérir les codes sociaux

Car il ne suffit pas d’ouvrir les portes des grandes écoles aux étudiants les plus modestes pour que les compteurs soient remis à zéro. « Ce type de scolarité les contraint à traverser l’espace social. Ils doivent fournir un gros effort pour acquérir les codes sociaux du milieu qu’ils rejoignent », analyse Paul Pasquali, sociologue, auteur de Passer les frontières sociales. Comment les « filières d’élite » entrouvrent leurs portes (Fayard, 2014).

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« Certains étudiants ont un mépris énorme pour toute personne qui ne vient pas du même milieu qu’eux »

A ces difficultés à trouver ses marques et à s’adapter à un nouvel environnement peut s’ajouter le sentiment de ne pas totalement mériter sa place. C’est ce qui est arrivé à Mathilde Millet. Issue de quartiers ZEP, la jeune femme a rejoint l’Institut d’études politiques de Lille après avoir bénéficié d’un dispositif d’égalité des chances. Il n’en fallait pas plus pour la rendre « suspecte » d’avoir bénéficié d’un coup de pouce. « Certains étudiants ont un mépris énorme pour toute personne qui ne vient pas du même milieu qu’eux, notamment les boursiers. » La jeune femme raconte s’être sentie tellement mal à l’aise qu’elle a pensé un moment arrêter. « Alors même que cette école j’en avais rêvé. »

Kylian (le prénom a été modifié) n’a pas bénéficié de programme particulier et il n’a pas intégré une grande école, mais la fac. Il n’empêche, le passage dans l’enseignement supérieur n’a pas été simple pour lui non plus. Dans sa famille, on n’a pas fait d’études et « on ne voyait pas l’intérêt d’en faire ». Lui a commencé par un CAP comptabilité dans un lycée d’Ardèche avant d’enchaîner sur un bac technologique. Une fois son diplôme en poche, il décide de prendre le large et met le cap sur Paris, loin de sa famille. « Lorsque je suis arrivé en fac d’histoire, j’ai tout de suite eu l’impression de ne pas être légitime. »

Eloignement avec la famille

Un sentiment qu’il ressent d’autant plus fortement que chez lui « il n’y a pas de livres », qu’on ne parle pas « culture » et qu’il a connu « une scolarité chaotique ». « J’avais et j’ai toujours du mal à assumer mon parcours et à dire d’où je viens. Au fond, j’ai honte », confesse-t-il. Pour rattraper son « retard culturel » et « se sentir enfin à sa place », il s’est mis à beaucoup lire, à aller au théâtre, à fréquenter les musées… au prix d’un éloignement avec sa famille. « Mes sœurs regardent la télé-réalité et rêvent de partir en vacances dans des parcs de loisirs, quand moi j’aime la littérature et voyager. C’est difficile à admettre, mais nous n’avons plus rien en commun. Je culpabilise mais tout prétexte est bon pour ne pas aller les voir », admet Kylian.

Cette mise à distance de la classe d’origine, fréquente lors des parcours de migration sociale, n’est ni automatique ni nécessairement définitive.

Cette difficulté à maintenir un équilibre entre le milieu d’origine et celui auquel le diplôme donne accès, David Foltz l’a connue lui aussi. Fils d’ouvrier mosellan, passé par Sciences Po, puis l’ENA, il a franchi les frontières sociales « en veillant à ne jamais renier ses origines ». S’il ne dévoilait pas spontanément d’où il ne venait ni ce que faisaient ses parents, il disait la vérité quand on lui posait la question. « Mais le monde ouvrier est si éloigné de celui de la plupart des étudiants que je côtoyais, que lorsque je disais que mon père était tuyauteur on me répondait parfois : “Ah, il a une boîte de chauffage” », se souvient-il.

Malgré des allers-retours réguliers entre sa famille, restée en Moselle, et les élites qu’il fréquente désormais, David Foltz concède que le fossé s’est creusé. « Ils sont fiers de moi. Quand je rentre, ils me charrient et me disent que je vais devenir président, mais, au fond, ils ne comprennent pas vraiment ce que je fais. Ce qui m’attriste le plus, c’est de ne pas pouvoir partager. » Cette mise à distance de la classe d’origine, fréquente lors des parcours de migration sociale, n’est cependant ni automatique ni nécessairement définitive. C’est notamment le cas « lorsque le changement de classe correspond au désir des parents, précise la philosophe Chantal Jaquet qui a codirigé La Fabrique des transclasses (PUF, 2018). Les sacrifices que certaines familles sont prêtes à faire pour que leurs enfants connaissent une vie meilleure, le transclasse ne peut les oublier ».

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« On assiste à des phénomènes de regroupement – d’homophilie sociale – liés aux expériences antérieures, aux manières de penser, de se vêtir, de se divertir »

Nassim Larfa, lui, a le sentiment de naviguer entre deux mondes. « C’est hyper-important pour moi de rester proche de mes copains de la cité. Je suis d’un milieu populaire et le diplôme de Sciences Po n’y change rien. J’ai conscience que je n’aurai jamais les codes des milieux favorisés, que je ne pourrai jamais vraiment appartenir à ce monde, même si, aujourd’hui, je m’y sens à l’aise. » Car ce n’est pas parce qu’on fait les mêmes études que la distance sociale disparaît. Au contraire, « on assiste à des phénomènes de regroupement – d’homophilie sociale  liés aux expériences antérieures, aux manières de penser, de se vêtir, de se divertir », prévient Paul Pasquali. Un phénomène qui perdure longtemps après l’obtention du diplôme.

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En témoigne Hélène. Même diplômée d’une grande école de commerce et avec un salaire confortable, elle ne se sent toujours pas à sa place dans sa nouvelle classe. « Je m’entends bien avec mes collègues, mais, dans l’entreprise, les personnes vers lesquelles je vais spontanément et avec qui je me sens vraiment à l’aise me ressemblent. Ce sont les femmes de ménage, les secrétaires… Avec elles seulement, je n’ai pas besoin de faire d’efforts. »