« La situation française se caractérise par un taux de pauvreté global relativement faible, mais une situation plus dégradée pour les enfants »

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Par Michel Villac, président du Conseil de la famille, observe que la pauvreté se concentre aujourd’hui dans les familles monoparentales et les familles nombreuses à faible revenu.

Tribune de Michel Villac, président du Conseil de la famille. Un enfant sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté, chiffre qui n’inclut ni l’outre-mer ni les enfants sans domicile ou vivant en foyer, souligne le rapport du Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA) publié le 5 juin. Alors que le taux de pauvreté moyen de la population est de 14 %, il est de près de 20 % parmi les enfants de moins de 18 ans, de 40 % pour les familles monoparentales et les couples avec au moins 4 enfants, de plus de 60 % pour les familles monoparentales avec au moins 3 enfants. Ces écarts se sont creusés après la crise de 2008. C’est une des caractéristiques de la France par rapport à ses voisins : un taux de pauvreté global relativement faible, mais une situation plus dégradée pour les enfants.

Pour les familles monoparentales – le plus souvent des mères isolées –, cette situation est due à un fort éloignement du marché du travail, lié à un faible niveau de qualification et à la difficulté de concilier charges de famille et activité. Pour les familles nombreuses en couple, le modèle le plus fréquent est celui d’un père percevant un faible salaire, et d’une mère sans profession assurant les charges de la maison.

Notre système de prestations sociales serait-il sans effet ? Non, il est même un des plus efficients d’Europe. Le taux de pauvreté moyen diminue de 8 points (de 22 % à 14 %) après redistribution, mais de 18 points pour les familles monoparentales (de 59 % à 41 %), et de 24 points pour les couples avec au moins 4 enfants (de 65 % à 41 %). Même si le problème principal reste l’insuffisance des revenus du travail, il convient donc de conforter les prestations sociales.

Cumul de difficultés

La pauvreté résulte d’un cumul de difficultés quotidiennes qui rendent les conditions de vie des enfants particulièrement difficiles, mais risquent aussi de reproduire, une fois ces enfants adultes, le cycle de la pauvreté.

S’appuyant sur l’expérience des associations qui en sont membres, le Haut conseil met en avant cinq axes d’amélioration du quotidien de ces familles :

1. Accéder à l’accompagnement social et aux services collectifs en renforçant les services sociaux et Pôle emploi, à rebours de la tendance de ces dernières années.

2. Accéder aux services d’accueil de la petite enfance, afin que les mères seules puissent retrouver le chemin de l’emploi, et que les enfants bénéficient de meilleures conditions de socialisation et de développement.

3. Accéder aux cantines scolaires : il n’y a rien de pire pour un enfant que de passer sa journée le ventre vide, au détriment des apprentissages que propose l’école.

4. Changer le regard des institutions et des services sociaux, plus souvent orienté vers la recherche de la faute, de la défaillance ou du manque, que vers la compréhension et l’aide ; ce qui nourrit une crainte et une méfiance dans laquelle s’enracine le non-recours aux prestations et aux services.

5. Accompagner les démarches et les demandes, afin de contourner les obstacles de la numérisation, de la complexité de la réglementation et de la raréfaction des guichets.

Une somme importante, mais pas totalement hors de portée

Enfin, les prestations sociales sont aujourd’hui suspectées de coûter trop cher. Si l’on attribuait à chaque famille pauvre une aide ramenant son revenu au niveau du seuil de pauvreté, il faudrait mobiliser 8,5 milliards d’euros par an. C’est une somme importante, certes, mais pas totalement hors de portée, pour peu que la volonté politique existe.

En pratique, l’étroite imbrication entre RSA et prime d’activité fait qu’une augmentation du premier entraîne une augmentation plus importante de la seconde. C’est pourquoi le HCFEA propose trois options : augmenter le RSA pour les familles, bonifier la prime d’activité pour charge d’enfants, instaurer une allocation versée par enfant à charge vivant sous le seuil de pauvreté. Les deux premières élargiraient les outils actuels aux familles un peu au-dessus du seuil de pauvreté. La troisième permettrait de concentrer l’aide sur les familles pauvres.

 

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